Partir ou rester?

Saba Island view

Saba Island view

Ayant prévu de quitter l’île de Saint-Martin pour reprendre la route le 3 février 2015, après un mois « d’immobilité », je me suis retrouvé face au premier dilemne de mon périple: partir ou rester?!

Durant mes premiers mois de voyage, ce choix n’était pas bien difficile: je vadrouillais de villes en villages, discutais avec des gens, locaux ou pas, et me contentais d’écouter, chacun y allant de son petit avis quand aux choses « amazing » (1) ou « mucho lindo » (2) à faire ou à voir absolument dans le coin; après un rapide examen de « l’activité », de ses risques et de son coût éventuel, je posais mon backpack entre un et quatres jours dans un endroit bon marché et me lançais ou pas dans ces petites aventures, toujours en accord avec mes goûts et mes envies du moments – la liberté quoi! De l’ascension de pics à la visite de cascades et de lacs au fin fond de forêts tropicales, en passant par la rencontre d’animaux préhistoriques ou les balades épiques en moto-concho (moto-taxi) en pleine pampa, je commence à avoir quelques anecdotes sympas à raconter et quelques paysages somptueux dans la tête!

Mais voilà, ici, à Saint-Martin, le choix de me remettre en mouvement s’est avèré plus complexe que prévu. En effet, derrière un aspect très superficiel et touristique qui m’a un peu rebuté au début, j’ai peu à peu découvert une île plaisante à vivre, riche de voyageurs et d’aventuriers de tout horizons – et je ne parle pas des touristes qui débarquent là pour un jour ou une semaine en resort, non! -, je fais allusion à mes compatriotes qui ont décidé de tout quitter pour vivre différemment la France (ou la Hollande), à ces travailleurs itinérants venus de tout pays et qui, le temps d’un mois, d’une saison ou d’une vie, font escale sur le sable blanc de ses côtes pour allier emploi et plaisir. Et puis il y a cette nature omniprésente, fabuleuse et variée, du fait de la multitude de petites îles alentours: Saba, Saint-Barth, Tintamarre, Saint-Eustatius, Anguilla, Pinel, … Bref, des spots de plongée en veux-tu en voilà, de l’eau plus claire que la Christaline de notre Guy Roux national à perte de vue, des petites plages intimes à foison et une bonne dizaine de montagnes à gravir: que demander de plus? Des casinos, pour pouvoir jouer et continuer à voyager? Des bars sympas, pour rencontrer du monde et faire la fête de jour comme de nuit? Des strip-clubs pour … oups!

Vous l’aurez compris, je me sens bien ici: j’ai commencé à me faire à l’ambiance, à rencontrer des gens qui me sont positifs, tant « pokeristiquement » que socialement, et j’ai encore tellement à découvrir avant de partir! Pour toutes ces raisons, en m’affranchissant du paramètre temps et en écoutant mon coeur, j’ai pris la décision importante de réinvestir tous mes gains de jeu du mois de Janvier dans des palmes, un masque, un tuba, la location d’un vélo, et … un mois de loyer supplémentaire! C’est décidé, la Colombie attendra un peu; et puis, avec un peu de chance, elle sera toujours là le mois prochain, prête à m’ouvrir les bras, ne croyez-vous pas?

Sunset Mullet Beach

Sunset Mullet Beach

Notes:

(1) « Amazing »: mot anglais que l’on pourrait traduire ici par « incroyable »

(2) « Mucho lindo »: mots espagnols que l’on pourrait traduire ici par « très beau », « très mignon »

My Poker Life – Episode 1

Il est 17h. Dans ma nouvelle vie d’aventurier/blogueur/voyageur/photographe/joueur, il est l’heure d’écrire. J’essaie de gratter un petit peu chaque jour depuis quelques temps, histoire de ne pas perdre le fil et de ne pas oublier de vous mentionner les petits détails croustillants qui font le charme des longs récits.

Pour la première fois depuis le début de mon périple, j’ai dormi dans le même lit plus de 15 jours de suite, ici, sur l’île de Saint-Martin, et ainsi s’est installé ma nouvelle petite routine quotidienne. Levé 11h, petit tour sur Internet, près du spot wifi gracieusement offert par l’American University of Caribean pour checker mails, blog et réseaux sociaux, sport pendant 30 minutes, un bon déjeuné avec des produits sains dans la mesure du possible – « sain » est un mot très peu utilisé ici en ce qui concerne la nourriture, la quasi-totalité des produits étant importés des USA! -, une ou deux heures de détente, de méditation et de lecture à la plage, écriture, diner, et poker, de 21h à 3 ou 4h du matin. Enfin, et ce à mesure que les parties se font de plus en plus palpitantes, je mets une bonne heure à faire redescendre la pression et à décrocher, pour enfin m’endormir paisiblement vers 5h: à travailler! Mais bon, on s’en fou de ma vie, parlons jeu maintenant, puisque c’est tout de même le but de cette série de publication « My Poker Life »!

République Dominicaine

La première session de Texas Hold’em de l’aventure se déroulera en République Dominicaine, à l’occasion de mon passage dans la ville de Punta Cana, au Hard Rock Cafe & Casino. Le truc bête mais chiant, d’entrée de jeu, c’était la localisation, à plus une dizaine de kilomètres de l’auberge de jeunesse, qui nécessitait l’utilisation d’un taxi. Cela impliquait des frais d’accès élevé à la table de l’ordre de 40$ – les prix à Punta Cana sont exorbitants par rapport au reste du pays, quand on sait que l’on peut dormir 4 jours dans un hotel comme celui de Barahona avec la même somme, ça dérange! -, ce que je tacherai d’éviter à l’avenir. Bref, cette première session de 3 heures au Hard Rock Café sera mauvaise, pour ne pas dire très mauvaise: cavé à 150BB sur du NL100 1/2, je perdrai la moitié d’une cave en jouant horriblement mal et en me frottant bêtement à un régulier, et l’autre moitié en perdant un 70/30 contre un fish saoul, KK vs 56s à tirage couleur, all-in sur un flop Q94 qui fera quinte runner runner (T7, R3). Tellement peu content de moi ce soir là, je rentrerai à la maison sans recaver, retournant à mes occupations de simple baroudeur et oubliant le poker quelques temps…

Puerto Rico

Une semaine passe, et je recroise une ville à casino: San Juan, à Puerto Rico. Je m’y installe donc quelques jours avec l’envie de plumer du touriste et me lance à la recherche de bonnes vieilles tables de Cash Game. Habitué au 1/2 No Limit, j’ai d’abord été étonné par les limites proposées par tous les établissements du coin: du « 2/5 3 Bet Max 2BB ». Cela veut dire que la première relance préflop est limitée à 3BB, et que seulement 2 re-raise sont autorisés, à 5 puis à 7BB – mais cela s’avèrera être extremement rare. Idem au flop, turn et river, la première mise sera de capée à 2BB avec 2 re-raise autorisés, respectivement à 4 et à 6BB. Autant vous dire qu’il est de hors question de penser couper quelques côtes que ce soit sur ce genre de table, et à la vue des clients – des locaux ou des vacanciers simplement là pour se détendre et prêts à vous suivre au bout du monde pour un tirage double paire -, ça n’aura que peu d’importance au final.

Au début, j’ai hésité à sortir des limites que je m’étais fixés, à savoir les parties 1/2; mais voyant que tous les joueurs cavaient seulement entre 20 et 40BB, je ne me suis pas fait prier longtemps et me suis assis par trois fois aux tables du Mariott de San Juan avec 60BB devant moi.

En neuf heures de jeu dans ce même casino, je ne rencontrerai aucun professionnel, – peut être 2 ou 3 joueurs vaguement sérieux venus des US, mais guerre plus -, et opterai pour une stratégie très basique: bonne selection de mains pré-flop, relances à 3BB des mains ATs+ et présence dans des pots non relancés avec des connecteurs suités dès que plus de 3 joueurs sont dans le coup. A mon sens, il n’y a pas de secret sur ce genre de table: les pots dépassent rarement les 20BB et se gagnent avec un bon kicker, quand le vilain d’en face ne fait pas une moche double paire, une quinte ou une couleur sortie de l’espace.

Au final, je ressortirai respectivement des trois sessions avec +50BB, +30BB et +40BB, rattrapant mes bêtises de République Dominicaine.

Saint-Martin

Le 2 Janvier 2015, j’attérissais à Saint-Martin, paradis des joueurs et des flambeurs situé au beau milieu des Caraibes; c’est ici d’ailleurs, au Casino Royale de Sint-Maarten (nom de la partie Hollandaise de l’île) que se joue chaque année, en Novembre, le légendaire Caribean Poker Tour.

Grâce à mon ange sur place, une amie de mon grand frère, me voilà installé pour 31 jours dans un T2 excessivement cher, mais qui aura le mérite d’être sécurisé, près de plages magnifiques et des meilleurs casinos de l’île! Et oui, la (fausse?) bonne idée, c’est qu’à moins de 10 minutes à pieds de mon appart se trouve l’Atlantis World, seul casino à proposer des tournois réguliers, et le fameux Casino Royale, très connu également pour la fréquentation de ses tables de CG 1/2.

Ayant un loyer de 1200$ à rembourser et du temps devant moi, je me lance sans retenue aucune dans les tournois quotidiens proposés par l’Atlantis, enchainant le 300$ du premier Samedi du mois, le 100$ du Dimanche, le 20$ Rebuy du lundi, – non, le mardi c’est salsa, les pieds dans le sable à « La Bamba »! -, le 30$ Rebuy du Mercredi, le 100$ du Jeudi, … et tout ça sans la moindre victoire,  tantot en déchattant sur ces structures à deux doigts d’un boucherie, tantôt en proposant un jeu de touriste médiocre, me mettant dedans de près de 750$ en moins d’une semaine: welcome le Frenchie! Quand on est un joueur « pro », et que l’on commence à douter de ses capacités à remporter le moindre dollars sur cette île maudite, que fait-on, je vous le demande?! Ben on appelle son pote JB et on lui balance tout ses problèmes à la tronche! Il passera le temps qu’il faudra à insister sur la variance du jeu, sur le fait que ça va venir et qu’il faut savoir rester patient, qu’avoir perdu 1/6 de sa BR n’est pas un drame en soi; bref, il vous reboostera pour la suite: BANZAIIII!!! Merci mon pote!

Suite à quoi, remonté comme une horloge Suisse et prêt à en découdre avec le monde entier, je suis tombé malade … Entre la fièvre, les prises de sang à 7h du mat sur le côté français de l’île, la fatigue et les visites chez le docteur, peu de temps et d’envie pour jouer, jusqu’au 20$ Rebuy du Mardi suivant, qui s’avèra être un échec plus constructif que les autres, mais un échec tout de même. Puis viendra le 30$ Rebuy du Mercredi à 42 joueurs et cette table finale où l’on partagera les gains à 4, après 5 heures de jeu: +827$! OMG, enfin un ITM!

Le lendemain, après m’être fait éjecté du 100$ du Jeudi sur un vilain set-up après une heure de jeu, il est encore tôt et je décide d’aller m’essayer aux tables de Cash Game du Casino Royale, sur les conseils de Patrick, un autre joueur français rencontré quelques jours plus tôt.

Il est 22h30, une table de NL100 1/2 est en cours et une seconde est sur le point d’ouvrir. Les 6 autres joueurs cavent entre 50 et 100BB. Comme à mon habitude, je cave à 150BB, comptant bien utiliser cet avantage sur mes adversaires. La soirée s’écoule dans une ambiance bon enfant sur une table pleine, avec des relances préflop assez élevés, entre 6 et 18BB, un niveau général plutôt correct (surtout comparé à San Juan), et la présence de deux gros fishs, véritables distributeurs automatiques sur pattes contre qui tous le monde veut jouer. Après une bonne période d’observation, je commence à sentir la table et je décide d’adopter un style serré agressif s’autorisant quelques relances pré-flop et une présence sur des pots non-relancés avec des connecteurs suités, toujours en position. Bref, rien de neuf sous le soleil, mais je m’attèle à garder une image impeccable qui me servira au moins deux fois dans la soirée pour remporter de gros pots en bluff contre des joueurs sérieux. Le temps passe vite, et la soirée s’enflamme sur la dernière heure, 3 joueurs de loto recavant tour à tour à coups de 50BB pour les reperdre aussitôt, sauf miracle. J’aime ces moments où l’alcool décrédibilise totalement la valeur du portrait de Benjamin Franklin, mais je me forçais à garder à l’esprit que ces gens là restaient de dangeureux loustics imprévisibles, tentant de casser n’importe quel gros jeu avec des mains très (très) médiocres. Finalement, je terminerai la soirée en remportant un pot à 100BB avec KK face à deux petit tapis all-in préflop, ayant respectivement JQo et T8o: easy money! A la fermeture, à 4 heures du matin, je repartirai avec un gain net de +242,5BB. Une bonne soirée qui me mettra en confiance pour le lendemain, même casino, même table, même combat, où je finirai à +120BB.

Photo du Casino Royale SXM

Entrée du Casino Royale de SXM

En résumé de ce premier épisode, je reste sur une série de cinq sessions de Cash Game positives contre un parcours en tournois tout juste positif et pour le moins aléatoire, notamment à cause d’un mauvais joueur (moi!) et des structures locales, trop Buffalo Grill (mise à part peut être celle du 100$…). Ne devrais-je pas voir ici une directive claire, à savoir privilégier le Cash Game?

Si vous avez des commentaires, quels qu’ils soient, n’hésitez pas à me les faire parvenir: retranscrire des parties de poker est assez nouveau pour moi, et j’avoue avoir un peu de mal à cerner le niveau de détail nécessaire à l’intérêt du lecteur. D’autre part, je tiens à jour un tableau statistique où sont repertoriés tous mes résultats, manière de ne pas m’auto-floué sur mes gains/pertes rééls – drame du joueur de poker moderne! Ca m’embête de le rendre public, mais sachez qu’il est disponible pour tout ceux qui me connaissent sur simple demande par mail.

My Poker Life – Episode 0

My Poker Life

Poker Picture

Préambule

Comme promis, voici un premier billet sur le thème: « Vie ma vie de … joueur de poker professionnel »! En avant-propos de cette série d’articles, qui visera à vous faire suivre l’évolution de ma carrière de joueur et qui, je l’espère, ira le plus loin possible, il me semblait indispensable de commencer par vous exposer quelques précisions sur ma vision de l’aventure.

Primo, et ce afin d’éviter toutes confusions sur mes prétentions, vous noterez que le terme « professionnel » employé ici ne designe pas tant les bonnes performances du joueur, mais plutôt son acharnement à essayer de gagner sa vie au travers du jeu – ce qui fait une énorme différence! En effet, vivre grâce aux cartes sur le long terme, même pour un excellent joueur, s’avèrera être une tâche très ardue: il s’agira de gagner régulièrement et beaucoup, pour pérenniser sa cagnotte et ainsi être en mesure de mieux supporter la variance liée au jeu, mais aussi pour alimenter sa vie en dégageant un revenu net mensuel, couvrant entres autres les frais liés aux congès (sans soldes!), aux loyers, aux voyages, aux assurances, aux cotisations retraites, aux impôts … et j’en passe.

Deuxio, les textes qui suivront seront probablement un peu trop techniques pour les non-initiés: si vous avez des questions, des incompréhensions, n’hésitez pas à me les envoyer par e-mail, ou plus simplement à vous lancer dans des recherches sans fins sur Internet afin d’appréhender les mille et une facettes de ce jeu aussi complexe qu’intéressant.

Et enfin, tertio, nous parlerons ici essentiellement de la variante de jeu nommée « Texas Hold’em Poker » qui, me semble t-il, est maintenant la plus populaire – merci Canal + et merci Patoche (1)! – et pour laquelle des tables sont ouvertes dans la plupart des grands casinos du Monde.

Mon parcours

A 14 ans déjà, on pouvait régulièrement me trouver, le samedi soir, fourré dans l’arrière salle du bar du village, à fumer des cigarillos Café-Crème et à pousser des centimes sur un vieux tapis de Belote vert et tout peluchés. C’était nos premières parties de poker fermé à 5 cartes entres amis, qui à l’époque étaient synonyme de détente, de chance et surtout de « bluff ».

Puis, dans la première moitié des années 2000 est arrivé d’Amérique du Nord, sur son beau cheval doré, la version Texas Hold’em de ce jeu, avec ses fameux World Poker Tour (WPT) en 2003 et ses World Series Of Poker (WSOP – existant déjà depuis les années 70), retransmis partiellement sur une chaine de télévision francaise à partir de 2005, ses gains colossaux (mais ridicules par rapport à ce qu’ils sont devenus aujourd’hui) et ses stars, qui prouvaient par leurs régularités que les victoires ne devaient rien au hasard, bien au contraire. A 17 ans, à mon arrivée sur Toulouse, j’ai découvert une ville rose déjà adaptée à cette nouvelle tendance, avec les parties du Cercle des Pyrénées, seul cadre « mi-officiel » où les personnes majeures pouvaient jouer, et le forum Internet Toulouse-Poker, qui comptait déjà à l’époque plus d’une cinquantaine de membres actifs.

Alors on commence litteralement à se prendre au jeu, à faire des tournois clandestins à 5, 10 ou 20 euros chez les uns, chez les autres, à lire des bouquins, à apprendre, à échanger et à se passionner pour cette variante qui mêlait à merveille amusement, psychologie, observation, mathématiques et maitrise de soi.

Aujourd’hui, plus de dix années se sont écoulées depuis mes premières parties. Ce monde a bien évolué mais, contrairement aux prévisions, l’effet de mode ne s’est pas estompé. Ainsi, chaque année voit arriver son lot de nouveaux joueurs, le poker assossiatif s’est développé dans toute la France et les casinos se sont bien munies face à la voracité des gamblers, toujours plus grandissante. Ma passion pour ce jeu, elle, est restée intacte à travers le temps, ancrée au plus profond de moi-même. Bien sûr, il y a eu des pèriodes où je jouais plus ou moins, où je m’améliorais, stagnais ou régressais, mais je garde les meilleurs souvenirs de mes passages par les associations de Poker TAIP et THP, Vegas, les casinos Barrière et Gruissan, des heures de gloires et de grosse looses. Pour être totalement honnête, en tout et pour tout, je ne suis pas capable aujourd’hui de dire si j’ai gagné ou perdu de l’argent au cours de ma vie pokeristique, pensant naïvement que le bilan est légèrement positif. Je retiendrais simplement que je suis resté un joueur modeste dans ses mises, qui n’a jamais mis en jeu l’argent du loyer sur une table, et c’est déjà une victoire personelle!

Ma stratégie

Puisque ce voyage est la concétisation de tous mes rêves et aspirations les plus folles, le poker ne pouvait pas en être totalement exclu. Je me suis donc lancé le défi de jouer sérieusement et régulièrement cette année et de tenter de gagner de quoi prolonger cette aventure par le biais des cartes. Je n’ai pas la prétention d’être un bon joueur, mais seulement celle d’être meilleur que d’autres, ce qui est théoriquement suffisant pour gagner un peu d’argent. En effet, et là je m’adresse en particulier aux lecteurs mettant ce jeu dans le triste lot des jeux de hasards, la différence capitale entre les Machines à sous, le BlackJack, le Craps, la Roulette, etc … et le Texas Hold’em Poker de casino réside dans la nature de son adversaire. Dans le premier cas, vous jouez et jouerez toujours contre le même: l’établissement de jeu. Dans le second cas, la maison s’octroiera un « rake », c’est à dire un prélèvement de l’ordre de 5 à 10% sur l’argent joué à chaque coup couvrant les frais de fonctionnement des tables et un gain certain, mais l’adversaire principal reste et restera les autres joueurs présents avec vous dans la partie. En d’autres termes, et contrairement à l’établissement qui ne perdra statistiquement jamais – JAMAIS, j’insiste! -, certains de vos adversaires perdront, car ils auront pour principal défaut d’être faillibles, d’être humains. En effet, ils boivent, se droguent, se sont engueulés avec leur femme la veille, ont un égo surdimensionné, déteste se faire bluffer, ou viennent tout simplement à la table pour se détendre et dépenser le budget « vacances » de la famille, comme ils le feraient au restaurant ou au cinéma. Ma stratégie est donc de me concentrer sur ces « clients », et dans la même veine de repérer les bons joueurs à qui il ne faudra se frotter qu’avec une extrême prudence.

Ma cagnotte (BR ou Bankroll) de départ est fixé à 3000$. Elle est issue pour la moitié de gain pokeristique récent, et pour la moitié d’investissement personnel. Elle ne me permettra pas de jouer à des limites suffisamment hautes pour gagner ma vie, le premier objectif étant simplement de la faire évoluer, lentement mais sûrement, pour peut être plus tard tenter de franchir un step et jouer à des limites supèrieures. N’arrivant jamais à me décider définitivement entre Poker de Tournoi ou Cash Game, je me laisse la possibilité de pratiquer les deux, suivant l’envie du moment et les occasions rencontrés. Mes limites en tournois sont des entrées à 300$ maximum et des tables de Cash Game NL 100 1$/2$ cavé à 300$, ceci afin de ne pas transformer les pertes d’une soirée en mort totale du défi!

Voilà, je crois que vous savez à peu près tout sur mon histoire et mes ambitions; maintenant il n’y a plus qu’à, alors je vous donne rendez vous pour l’épisode 1 d’ici quelques jours en direct de Sint-Maarten, l’île d’acceuil du célébrissime Caribean Poker Tour!

Note (1): Patrick Bruel, dit « Patoche », qui commentera en 2005 le premier WPT retransmis en France à une heure de grande écoute sur la chaine Canal +.

La vie est belle!

Ah, voilà un bon titre! Loin des annonces d’articles racolleurs et criards « Je suis – ou Je ne suis pas – Charlie », des hashtags détonnants et provoquants #Terrorism4ever ou #Dehorslesimmigrescestdevotrefautedtfacon!, je me suis dit qu’un petit rappel sur les fondements du bonheur ne pourrait pas nous faire de mal.

– « Mais oui, tout de même, t’as vu ce qu’ils ont fait à Paris? », me glissait Jackie.

Oui, c’est vrai, la vie est parfois cruelle: tel un père de famille alcoolisé, elle élève parfois une de ses mains, tout là-haut dans le ciel, et la claque violemment sur de pauvres êtres humains sans défenses, ne laissant que tristesse et désolation sur son passage. Des gens sont morts en France la semaine dernière: dessinateurs ou journalistes célèbres, forces de l’ordre, technicien de maintenance et terroristes, et c’est triste. D’autres personnes également, depuis la semaine dernière, ont perdu la vie dans le monde: au moins 13 000 personnes sont mortes du paludisme, 40 000 à cause du Sida, et près de 60 000 enfants de moins de 5 ans sont morts de faims, tout ça en 7 jours, et c’est au moins aussi triste.

Eux, tous autant qu’ils sont, n’aurons plus la chance de jouer au grand jeu de la vie ce matin! Mais vous? Si! Alors on se sort les doigts du cul et on me fait son plus beau sourire! Plus large le sourire! Maintenant, on se met tous en rond et on chante en choeur notre bonheur d’être ensemble, et en vie! Voilà qui est mieux!

Bon, maintenant que vous êtes tout joyeux, je dois vous annoncer à mon tour de tristes nouvelles.

Tout d’abord, mon appartement, sur l’île de Saint-Martin, dans lequel j’habite depuis deux semaines, a été la cible d’un attentat commando. Trois spécimens sur-entrainés, tout de marrons vétus et dotés de casques et d’ailes immenses ont pénétrés les lieux sans authorisation, ne laissant que peu de chance à une pomme, négligemment laissé sur le bar, et à une boite de biscuits sablés « Bonne Maman », parfum tout chocolat – mes préférés, les salops! -. Après deux jours de prise d’otage, des combats d’une rare intensités et le déploiement d’un piège ultra sophistiqué – fabriqué à base de bouteille d’eau en plastique svp! -, l’être humain en est sorti victorieux face aux orthoptéroïdés! Yes! Bon, vous l’aurez compris, ça a été un bain de sang, alors je préfère ne pas poster toutes les photos pour ne pas choquer les ames sensibles!

Cookies Bonnes Maman - ho que c'est bon!

La deuxieme mauvaise nouvelle, c’est mon état de santé: j’ai fini par la chopper ma saloperie tropicale et ça, ce n’est pas que de l’humour! Le bon coté c’est que, alors que mon esprit divague, je ne pourrais être tenu pour légalement responsable de tout ce que j’ai écrit plus haut, au cas où l’on voudrait moi aussi me condamner pour « Apologie du terrorisme »! Selon les docteurs, ils me restent une quinzaine de jours à vivre … avec « une intense fatigue », « sans sport »; bref à glander et à m’endormir toutes les deux heures, « de préférence à la plage » avait-il l’air de penser. Alors ces derniers jours, je m’exécute scrupuleusement, que voulez-vous! Arf, satané virus!

Enfin, la dernière mauvaise nouvelle, c’est que, après un début plutôt prometteur à Puerto Rico, je paume régulièrement tout mes dollars au poker sur cette île de malheur! Au début, je croyais que c’était parce que j’étais mauvais … je sais maintenant que c’est à cause de la maladie: ouf, rassuré! Alors promis, pour vous, je vais me re-centrer, gagner un max de pognon et vous faire un article dédié au Texas Hold’em Poker un de ces 4!

Ca fait suffisamment de mauvaises nouvelles pour un seul article, alors je vais m’arréter là et faire une petite sieste. Et n’oubliez pas, tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir! Allez, on chante tous en choeurs pour se donner bonne conscience: « We are the world, we are the children, … »

Bonne Année!

Atterrissage à Saint-Martin

Atterrissage à Saint-Martin

Oui, je sais, le titre est original, mais que voulez-vous, on ne se refait pas! Enfin si justement, peut être un peu parfois, et c’est précisément le sujet de cet article.

Qui dit « nouvelle année », dit … « bonne(s) résolution(s) »! Oui, il est courant d’ajouter l’adjectif qualificatif « bonne » devant le nom commun « résolution », au cas où il viendrait à l’idée du nigaud du coin d’en prendre une mauvaise cette année: « Moi en 2015, c’est décidé, j’me mets au crack et pis c’est tout! » dirait le petit malin;

Non, attardons nous plutôt sur le mot important: le mot « RESOLUTION »! Je ne sais pas ce qu’il en est de votre coté mais moi, elles m’inspirent ces lettres; elles ont comme une puissante odeur de « résolu », animé par la force et la détermination d’un héro de comics américain, et le doux parfum de « solution », animé par la voix suave et sexy de Scarlett Johansson, vous suscurant au creux de l’oreille: « Oh, toi, tu n’as pas été très sage en 2014! Moi aussi j’ai été très vilaine … allez, on efface tout et on recommence. Oups, j’ai oublié de mettre une petite culotte ce matin! »; Un « v » à la place d’un « s » et hop, on obtient « REVOLUTION »! (oui je sais, je suis observateur, … ou tordu, tout dépend du point de vue; sûrement des restes de mes cours de Latin de cinquième!). Bref, « résolution » nous offre ici l’image d’une motivation personnelle à toute épreuve mise au profit d’un avenir meilleur pour chacun d’entre nous; en d’autres termes, un accès direct aux portes du bonheur: merci Scarlett! Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi je trouve que c’est du lourd cette histoire, alors ça serait bête de ne pas sauter sur l’occasion en 2015! Il n’y a plus qu’à les formuler correctement, et j’espère que vous l’avez fait! Certains les auront écrites sur un papier et affichés sur la porte de leur salle de bain, d’autres pensent franchir le pas depuis plusieurs semaines déjà, mais hésitent à se jeter à l’eau au cas où ça foire, tandis que d’autres les ont déjà annoncés, en public, rond comme des queues de pelles le 31 Décembre au soir (c’est ma solution préférée, avec de nombreux témoins qui te rapelleront que tu n’as aucune parole pendant un an; « Oui, mais j’étais bourré, OK?! »).

Vous allez me dire, on pourrait très bien prendre ces initiatives un 20 Février ou un 6 Mai – et vous n’auriez pas tort! Mais je crois que ça ne sonnerait pas de la même façon, à moins que ces dates n’évoquent pour vous de quelconques anniversaires (1). Non, j’ai l’intime conviction que l’être humain a besoin d’un gong temporel comme celui que représente une nouvelle année pour lui rapeller qu’il n’est finalement que peu de chose, que le temps passe et qu’il va bientôt crever, faire parti du passé, entrer dans l’oubli telle une veille chaussette égarée derrière une machine à laver. Mais si, vous savez bien, riche ou pauvre, beau ou moche, noir, rouge, jaune ou blanc, qu’importe: nous sommes tous sur le même bateau de l’existence, même si certains sirotent un mojito sur le pont pendant que d’autres sont en train de ramer dans la cale. C’est ce qui fait que nous formons cet ensemble que nous appelons « Humanité » et, qu’ici ou ailleurs, nous ne sommes finalement pas si loin les uns des autres.

J’ai rencontré une veille Suissesse à Puerto Rico, le soir du 31 décembre justement, et nous parlions de bateau, de voile et d’océan. Elle me disait: « Ô, ce n’est pas pour moi la mer, c’est bien trop grand »; je lui rétorquais que c’était justement ce qui me fascinait, la mesure inapréhendable de l’océan pour l’être humain, et sa façon, paradoxalement, de nous remettre les pieds sur Terre en nous rappelant que nous ne sommes qu’une goutte d’eau insignifiante dans l’Immensité. « Et bien justement » me repondait-elle, « je n’aime pas que l’on me rapelle que je suis insignifiante! ».

Bon, inutile de vous dire que cette retraitée était – et est toujours, sauf accident – plus près de s’égarer derrière une machine à laver que moi! Mais quand même, je me suis dit: « Merde! Est-ce que moi aussi je voudrais oublier que je vais mourir quand j’aurai passé 65 ou 70 ans? » J’aimais à penser que j’allai plutôt devenir sage, dépourvu d’égo et capable d’accepter la mort comme la suite logique de la vie, heureux d’avoir eu une existence bien remplie. Bref, j’espère que les plus vieux d’entre vous commenterons l’article: je veux savoir si cette vieille était particulière ou si nous courrons tous inexorablement vers une skyzophrénie existentielle!

Vous allez me dire: c’est bien beau cette histoire, mais cet article n’a ni queue ni tête. Et j’ai envie de vous répondre « Oui c’est vrai, and so what?! – Et alors?! »

Le fin mot de tout ça, c’est que je vous prend à témoin de mes résolutions personelles. Cette année, je veux durant ce voyage travailler chaque jour un peu plus sur moi-même pour gagner en cohérence, essayant d’allier autant que faire se peut mes actes à mes paroles; apprendre de chaque aventure qu’il me sera donné de vivre, en garder le meilleur tout en n’oubliant pas de tirer des leçons positives de mes erreurs; je vous l’accorde, ça fait un peu « bisounours », mais c’est le monde est si beau qu’il ressemble à ce pays! En 2014, j’ai fait souffrir une personne en particulier, me voilant la face sur le vrai sens des mots, et je ressens de la honte pour ça. A cette personne, je demande pardon aujourd’hui et j’ai la ferme ambition de travailler également là-dessus.

Enfin, je vous souhaite à toutes et à tous de trouver la force et le courage d’aller au bout de vos résolutions. Oui, il y a le quotidien, les gosses à aller chercher à l’école, la facture EDF qui a encore augmentée cette année et votre femme/mari qui vous court sur les nerfs; mais peu importe, je vous souhaite de vous rappeler que rien de tout ça n’est une raison suffisante pour vous faire dévier du chemin que vous dicte votre coeur, votre esprit, votre Bouddha rebelle (2).

Et je terminerai sur ces mots: je vous souhaite à tous et à toutes une très bonne année 2015, et encore merci d’être de plus en plus nombreux à me suivre chaque semaine.

C'est pas l'homme qui prend la mer!

C’est pas l’homme qui prend la mer!

Note:

(1) Ce sont les dates d’anniversaires respectives de deux hommes qui ont marqué l’histoire: Carlos et moi même.

(2) « Bouddha rebelle, sur la route de la liberté », par Dzogchen Ponlop Rimpoché. A lire ou à relire!