Quoi d’neuf Docteur ?

Vous l’attendiez avec impatience (ou pas du tout !), voici mon premier billet !                 (clap clap clap !)

Vaccins

Jusqu’à ce fameux vendredi 1er Aout 2014 à 14h33, préparer ce voyage était pour moi un vrai plaisir, à mi-chemin entre un long fleuve tranquille et un doux rêve éveillé un soir de pleine lune. Vous l’aurez compris, « planifier », « prévoir », « organiser » rentre dans le cadre de mes compétences et, depuis le début du projet, il faut dire que chaque pavé minutieusement poli, sculpté, ajusté, s’emboite à merveille avec son voisin et dessine peu à peu la route de ma nouvelle vie… (Ô c’est beau Jack !). Bref, à moins de trois mois et demi du départ, j’étais jour après jour plus excité qu’anxieux face à l’avenir… mais ça, c’était avant le drame Mesdames et Messieurs !

Au début du mois de Juin, respectant scrupuleusement la liste des étapes nécessaires au bon déroulement de cette aventure, j’avais pris contact avec le Centre de Vaccination International de Toulouse Purpan afin d’obtenir un rendez-vous avec un spécialiste. Après deux mois de patience, dont une bonne demi-heure dans la salle d’attente du 1er étage du pavillon Senac de l’Hopital Vauguier – imaginez : 30 minutes à feuilleter les brochures « Et si j’arrêtais de fumer ? » et autre « Avez-vous un problème avec l’alcool ? » (la réponse à cette question était malheureusement positive soit dit en passant !) -, je rencontrais enfin le Docteur X 1.

Surnommé « Docteur Tour du Monde » dans le milieu très fermé de la vaccination tropicale, une bonne trentaine d’années d’expérience sur les épaules, je ne m’aperçus pas tout de suite que je faisais face à la crème de la crème, la déesse de la virologie antillaise, la Rolls Royce de la lutte anti-paludisme, que dis-je, la fille spirituelle de Louis Pasteur ! A ses côtés, une troisième personne s’invita à notre petite sauterie : blonde, plus jeune, probablement une interne en fin de cursus voulant prendre part au massacre…

« Alors, où allez-vous jeune homme ? » commença-t-elle. C’est bête, mais c’était la première fois que mon voyage prenait une allure aussi officielle. Tout d’un coup, je n’étais plus le corniaud du coin, j’étais un grand aventurier français mal informé des dangers qui l’attendaient à l’autre bout du monde, et un organisme sanitaire d’état souhaitait me guider et me suivre dans ma démarche : merci la Sécu, merci la France!

Rapidement, nous abordions le parcours et les moyens de locomotions empruntés sur place. Soyons honnête ; de une, je me rendis vite compte que mon tracé n’était pas clair du tout -« haaaa ! Non mon bon monsieur, il n’y a pas de route par-là ! », ironisait-elle ; «  Alors, vous comptez passer par où ? Là, c’est la jungle, et ici c’est dangereux ! Alors, il fait quoi Indiana Jones ? ») -, de deux, le monde est terrible ! A chaque pays était attachée son lot de galère sanitaire : la Dengue (cinq variétés différentes !) et le Chikungunya aux Antilles, le Paludisme en Amazonie, toutes sortes de leptospires dans les eaux douces du monde entier (saviez-vous qu’il était formellement déconseillé de se baigner dans des lacs d’eau douces en dessous de 3000 mètres d’altitudes ? Et mes baignades nu dans des chutes d’eau turquoise au fin fond du Brésil alors?), la Fièvre Jaune un peu partout dans l’hémisphère sud, la Typhoïde, la Poliomyélite, l’Encéphalite Japonaise, la Rage, … et j’en passe ! A cet instant, je compris mieux pourquoi E.T. voulait rentrer chez lui : on vit dans un monde de malades et surtout de maladies!

Pour être franc, au début, je la jouais plutôt : « Moi, me faire inoculer des maladies de mon plein grès par vos vaccins pleins d’aluminium et de saloperies, vous rêvez non ?! » ; et j’enchainais : « Puis sur Internet, j’ai lu que le vaccin contre la Rage ne servait à rien, alors non merci madame ! ». Au bout de deux heures de consultations, j’avais posé mes deux bras sur la table, toutes veines en l’air et je pleurais : « Injectez moi tout c’que vous pouvez docteur, pitié !!! ».

Plus sérieusement, ces discussions ont encore une fois démontré que l’on peut lire beaucoup de bêtises sur Internet, alors déplacez-vous et allez voir un spécialiste. Il ou elle vous expliquera que nous sommes une génération aseptisée, qui n’a pas assez trainé dans la boue et que l’on a besoin de se faire vacciner, plus que nos parents. Il ou elle vous dira également que si vous ne vous faites pas immuniser contre la Rage, une morsure de chiens laotiens ou de chauve-souris équatorienne vous obligera à rester un mois dans le pays, à vous faire torpiller le bide tous les 2 jours avec un vaccin local! Même si les chances sont faibles, prendrez-vous le risque? Il ou elle vous indiquera enfin où acheter du bon matos anti-moustique et où s’informer sur place quant aux éventuels problèmes sanitaires. Bref, allez-y, et assez tôt au vu des délais nécessaires à l’obtention du premier rendez-vous, puis des suivants.

En résumé pour mon cas : 3 RDV, 3 vaccins (Rage – 3 injections ; Fièvre Jaune – 1 injection ; Typhoïde/Hépatite A – 1 injection) et 5 comprimés de Doxycycline utilisés en prévention du paludisme, manière de tester les effets secondaires (photosensibilisation) ici plutôt qu’en pleine pampas. Sincèrement, un grand MERCI Docteur pour tous vos conseils !

 

Voilà, maintenant, vous saurez : si une espèce de taré des microbes, mi hypocondriaque / mi frileux dans mon genre vous gonfle avec des âneries lues sur Internet, amenez le voir le Docteur X1, elle en fera une âme docile, prête à coopérer…

 

1 : le véritable nom du « Docteur Tout du Monde » ne sera mentionné qu’après autorisation expresse de la personne concernée.

2 : Cet article est en cours de relecture par un expert afin d’éviter d’ajouter de la bêtise à la bêtise.